INTERVIEW 2 EME PARTIE
PAP : Les thèmes abordés sont finalement proches de ce que dénonce le mouvement « ni putes, ni soumises »...
D : Oui, sauf que je me sens pas concernée car je pense qu'il s'adresse qu'aux filles des quartiers. Et comme je ne viens pas d'une cité, cela me parle pas. Je trouve que le terme de « cité » est de trop. Mais on dénonce les mêmes choses au final !
PAP : Ton morceau avec Kamnouze, fait vraiment plaisir à entendre !
D : J'ai eu à m'expliquer sur ce morceau, car on a pu me dire que je m'étais exprimée en tant que femme musulmane. Mais qu'on se le dise, aujourd'hui une femme soumise n'est pas qu'une musulmane ! Il y a des extrémistes partout ! Je viens d'un pays orthodoxe (Chypre) où l'intolérance est énorme et où la soumission des femmes importante.
PAP : Dans ton album, il y a très peu de featuring pourquoi ?
D : Quand je parle de mon père ou de l'adultère, il n'y a que moi qui peut le faire (réponse en rime, s'il vous plaît !). J'ai pas senti le besoin de faire venir du monde pour ça. C'est pas évidant de faire rapper un intervenant sur un thème très personnel.
PAP : Est-ce toi qui joue au piano sur la 9 ? C'est très réussi.
D : Oui, cela fait quelques temps que je joue mais je ne trouvais jusqu'à ce jour une combinaison efficace avec mon rap.
PAP : Est-ce un héritage de la chanson française ?
D : Oui c'est un héritage, et je le revendique. Je n'ai plus ce côté réac j'assume ce choix. J'ai de toute façon été bercée par Cabrel, Idir. En France on a une culture du texte J'ai voulu travailler mes textes, mes écrits. Etre perçue comme une auteure.
PAP : Penses-tu que ton album revêt un caractère militant ?
D : Pas vraiment, ça c'est les journalistes qui le disent mais moi, j'ai juste eu envie de parler de ce que je vois, de ce que j'ai vécu .
PAP : Pourquoi dans le morceau Incassable, tu as réagi sur les propos des jeunes filles de l'émission récente de Zone interdite faisant référence aux problèmes des quartiers ?
D : J'étais ravi de voir une émission qui laissait la parole aux jeunes, chose rare à la télévision. Les jeunes filles en question étaient respectables à mes yeux, à part le mot « Babtou » en trop, parce qu'à part ça elles parlaient bien. Jusqu'à ce qu'elles disent que si leurs mecs avaient envie de baiser, puisqu'elles ne le feraient pas avant le mariage, ils pouvaient aller voir une française ou une blanche parce qu'elles couchaient facilement ! J'étais scandalisée, j'avais envie de casser ma télé. Je me suis dit : « C'est pas possible, elle ne doit pas être bien dans sa tête pour tenir un tel discours. » Un discours raciste. J'en voulais même à M6, ils ont oublié que la France profonde regarde aussi la télé. J'ai pris cette déclaration comme une attaque. Il ne faut pas oublier qu'après des mères vont regarder leur fille en leur disant « t'es une catin, ma fille ! Voilà, t'as été coucher avec l'autre et voilà comment il parle de toi ! » Parce que ces nanas étaient prises comme exemple. C'est triste.
PAP : Dans le rap, on assisté aussi pendant un moment aux mêmes types de propos sur les « français ». Penses-tu que les choses ont changé ?
D : Oui, mais cela fait un moment. Eminem a remis les pendules à l'heure ! Et puis les deux groupes emblématiques du rap français sont constitués d'un noir et d'un blanc (NTM et IAM). C'est vrai que nous avons eu une période pro-black et que je n'écoutais plus tel ou tel groupe à cause d'une phrase déplacée. Tout comme Public Enemy lorsque qu'ils ont demandé au public « est-ce qu'il y a des blancs dans la salle » et qu'ils ont dit « tuez-les ! ». Ce jour là, j'ai décidé de ne plus les écouter ! Mais tous les pro-black sont tombés amoureux d'une blanche ou d'une rebeu parce qu'aujourd'hui on vit une époque de métissage. Moi-même je suis métissée (franco-chypriote).
PAP : Et le 21 avril ?
D : Et bien beaucoup de jeunes n'ont pas voter. Moi, j'ai voté et j'ai pleuré devant mon téléviseur. Ma mère et moi étions prêtes à partir. Mon seul rôle a été de voter contre le Front national. J'ai pas voté pour Chirac mais contre le FN. Mais je trouve que la politique n'est pas à l'image des jeunes. On est pas représentéset en même temps on ne sait pas toujours ce que l'on veut non plus ! Je sais que je ne veux pas de Sarkozy.
PAP : Que penses-tu des compilations de rap ayant trait à cet événement ?
D : J'ai fait un morceau, il y a 5 ans pour le projet, Sachons dire Non ! de Mr R : première compilation qui a autant vendu et qui avait pour but de mobiliser les jeunes. On a fait une tournée dans les lycées pour expliquer l'importance du vote pour pas laisser passer l'extrême droite. Et quand il y a eu le 21 avril, tout le monde criait son mécontentement. Mais qui parmi tous ces gens était allé voter ? Voter c'est plus facile que d'écrire un 16 mesures. Mais c'est facile aussi de crier. Ça ne m'intéresse pas sinon de faire des compilations pour telle ou telle cause parce que sur le moment ça va aider qui ? Maintenant, je participe à « Ni putes, ni soumises » car je sais que les fonds vont être reversés. Je ne veux pas crier dans le vent. Les compilations relatives au 21 avril n'avaient pas le temps d'avoir un effet réel sur les gens : les morceaux ne tournaient pas sur les ondes avant le 2ème tour ! On n'avait pas le temps de raisonner les gens. L'objectif était louable mais sans réelle efficacité. C'était avant qu'il fallait se mobiliser !